Maudit 14 mai

14 Mai

Photo : Presse canadienne

J’écris aujourd’hui, vendredi 14 mai 2010, un billet plus personnel que d’habitude. Plus émotif, aussi.

En tant que cycliste, mais surtout en tant que citoyen conscient de la fragilité de la vie, j’ai besoin d’exprimer un sentiment de détresse et d’essayer par ma modeste intervention d’inciter chacun à la prudence.

Ce matin, six cyclistes, six membres du Club de triathlon de Saint-Lambert, ont été percutés par une camionnette sur la route 112, à Rougemont, au sud de Montréal. Très sportif, le groupe se rendait à Sherbrooke pour s’entraîner en vue d’un Ironman. Trois d’entre eux, trois femmes, sont décédées. Les trois autres survivront mais on peut déjà deviner qu’ils ne verront plus leur vie qu’en terme d’avant et après l’accident. Au moment où j’écris on ne sait pas grand-chose des circonstances du drame. L’identité des victimes vient tout juste d’être révélée; l’une d’entre elles était l’amie d’un ami.

Flashback. Le matin du 14 mai 2007, mon ami Pierre, qui comme moi se rendait au travail à vélo, a vu sa vie basculer. Une portière d’auto s’est ouverte brutalement devant lui, accrochant son guidon et le projetant sur la chaussée. Une voiture arrivant en sens inverse lui est passée sur le corps. La suite lui vaudra le surnom de «miraculé» à l’Hôpital général de Montréal. Je vous épargne les détails, mais l’urgentiste qui l’a admis a confié n’avoir jamais vu un être humain (vivant) dans un tel état.

Aujourd’hui, Pierre est encore à l’hôpital : il a subi hier une série de chirurgies reconstructrices majeures qui visent à lui rendre un peu d’autonomie. Mais il est peu probable qu’il puisse refaire du vélo un jour.

La conclusion de tout ceci? Je ne la connais pas plus que vous. Personnellement, je circule à vélo plusieurs fois par semaine depuis près de vingt ans. Dois-je mon intégrité physique et mon salut à la chance ou à la prudence?

Un cycliste, c’est un être humain qui choisit un moyen de locomotion actif, bon pour la forme, non polluant et peu encombrant. C’est surtout un fragile usager de nos rues et de nos routes, sur un véhicule sans carrosserie ni pare-chocs. Si les automobilistes commençaient par comprendre à quoi servent les clignotants et les rétroviseurs, ce serait un bon début.

Quel adepte du vélo ne s’est jamais fait dire que les cyclistes roulent n’importe comment? C’est vrai pour certains d’entre eux. Mais ils ne broient jamais des SUV.

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