L’ère des aménagements urbains

22 Nov

Un article du Soleil relayé aujourd’hui par Cyberpresse confirme la tendance : si on ne parle encore nulle part au Québec de code de la rue, le dossier des aménagements urbains est actif dans la plupart des villes.

L’article de Samuel Auger dresse un portrait de la situation actuelle et ne se contente pas de souligner les avantages de ces programmes, dont le but est de réduire la vitesse automobile. Certains inconvénients sont également signalés, notamment le coût énergétique et matériel des fameux dos d’âne…

Une citation de Jean-Marie De Koninck, président de la Table québécoise de la sécurité routière, me paraît très représentative de la lente évolution des mentalités : « […] il y a une autre approche, qui est de plus en plus populaire, c’est celle de créer un environnement favorable à la non-vitesse. Un environnement visuel qui fait en sorte que le conducteur va être moins enclin à rouler vite. Il va se sentir un petit peu insécure. Il y a moyen de changer cet environnement-là, cette perception-là dans la tête des automobilistes, en changeant l’environnement routier.»

Si ce message prend forme dans l’asphalte de nos rues, il y a de grandes chances que les autos ralentissent et que le progrès s’accélère…

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Maudit 14 mai

14 Mai

Photo : Presse canadienne

J’écris aujourd’hui, vendredi 14 mai 2010, un billet plus personnel que d’habitude. Plus émotif, aussi.

En tant que cycliste, mais surtout en tant que citoyen conscient de la fragilité de la vie, j’ai besoin d’exprimer un sentiment de détresse et d’essayer par ma modeste intervention d’inciter chacun à la prudence.

Ce matin, six cyclistes, six membres du Club de triathlon de Saint-Lambert, ont été percutés par une camionnette sur la route 112, à Rougemont, au sud de Montréal. Très sportif, le groupe se rendait à Sherbrooke pour s’entraîner en vue d’un Ironman. Trois d’entre eux, trois femmes, sont décédées. Les trois autres survivront mais on peut déjà deviner qu’ils ne verront plus leur vie qu’en terme d’avant et après l’accident. Au moment où j’écris on ne sait pas grand-chose des circonstances du drame. L’identité des victimes vient tout juste d’être révélée; l’une d’entre elles était l’amie d’un ami.

Flashback. Le matin du 14 mai 2007, mon ami Pierre, qui comme moi se rendait au travail à vélo, a vu sa vie basculer. Une portière d’auto s’est ouverte brutalement devant lui, accrochant son guidon et le projetant sur la chaussée. Une voiture arrivant en sens inverse lui est passée sur le corps. La suite lui vaudra le surnom de «miraculé» à l’Hôpital général de Montréal. Je vous épargne les détails, mais l’urgentiste qui l’a admis a confié n’avoir jamais vu un être humain (vivant) dans un tel état.

Aujourd’hui, Pierre est encore à l’hôpital : il a subi hier une série de chirurgies reconstructrices majeures qui visent à lui rendre un peu d’autonomie. Mais il est peu probable qu’il puisse refaire du vélo un jour.

La conclusion de tout ceci? Je ne la connais pas plus que vous. Personnellement, je circule à vélo plusieurs fois par semaine depuis près de vingt ans. Dois-je mon intégrité physique et mon salut à la chance ou à la prudence?

Un cycliste, c’est un être humain qui choisit un moyen de locomotion actif, bon pour la forme, non polluant et peu encombrant. C’est surtout un fragile usager de nos rues et de nos routes, sur un véhicule sans carrosserie ni pare-chocs. Si les automobilistes commençaient par comprendre à quoi servent les clignotants et les rétroviseurs, ce serait un bon début.

Quel adepte du vélo ne s’est jamais fait dire que les cyclistes roulent n’importe comment? C’est vrai pour certains d’entre eux. Mais ils ne broient jamais des SUV.


Vélo + hiver + Montréal

18 Fév

Traditionnellement, ce blogue connait chaque hiver un ralentissement – pour ne pas dire une hibernation – parce que la cause des piétons et des cyclistes est, comme on dit, sur la glace.

Pourtant, toute l’activité extérieure de nos villes ne meurt pas en novembre pour renaître en avril : l’hiver, les piétons piétonnent et les plus courageux cyclistes parcourent les rues glaciales à leurs risques et périls.

Dans la rubrique Opinions du portail Branchez-Vous!, la journaliste indépendante Cécile Gladel relance ce matin le débat sur le cyclisme urbain en hiver, s’appuyant sur plusieurs faits concrets qui prouvent la volonté qu’ont certains mordus de pédaler en toutes saisons… et leur frustration de ne pas pouvoir le faire, tant à cause de l’inadaptation des infrastructures que de l’immobilisme des mentalités.

À Montréal, la pratique sécuritaire du vélo en hiver est-elle un mythe? Probablement pas, si les chaussées sont déneigées, si la largeur des rues permet de côtoyer les autos, si la température n’est pas extrême, si les cyclistes et leurs montures sont correctement équipés, si les automobilistes les distinguent… et ne s’amusent pas à tester leur stabilité, si les pistes cyclables sont dégagées (ce qui n’est pas le cas actuellement)… Presque autant de si que d’incompréhension mutuelle entre les usagers munis d’un moteur et leurs homologues à pédales.

Malgré tout, plusieurs milliers de Montréalais parcourent quotidiennement leur ville à vélo, et pas seulement par de belles journées comme ce 18 février.

J’attire en particulier votre attention sur cet article du Devoir qui compare Montréal à Copenhague, une autre ville nordique, en matière de désautomobilisation urbaine. Il y a probablement de l’inspiration à chercher de ce côté-là.

Bonne fin d’hiver, avec ou sans moteur!


Vers un nouveau partage

15 Oct

cyclistes

Alors que l’été semble se terminer abruptement, on ne peut que constater à quel point cette saison de cyclisme urbain a été d’une grande richesse en événements de tous genres. En fait, pour recentrer sur Montréal un phénomène national et même mondial, de nombreux signes prouvent que le vélo prend une nouvelle place dans les villes et que ce phénomène trouve de plus en plus d’appuis parmi ceux qui les façonnent et les administrent. La force du nombre.

Début août, le mythique magazine branché américain Wired se demandait si les vélos devaient vraiment être traités comme les autos, en ville.

Posée sans complexes, la question est scrutée par Wired sous plusieurs angles et engendre des réflexions qui feront grincer des dents aux défenseurs du code-pour-tous :

« Il a été observé que les feux et les panneaux de circulation ne devraient pas s’appliquer aux cyclistes, dans la mesure où ce ne sont pas des inventions liées à la sécurité mais à la fluidité du trafic, particulièrement du trafic motorisé. Puisqu’une bicyclette, conduite avec prudence et jugement, ne saurait créer d’embouteillages, il en découle qu’elle ne devrait pas avoir à obéir à ces ordres de circulation. À part pour ce qui est de rouler du bon côté de la chaussée, pourquoi les cyclistes devraient-ils se plier à la loi des automobiles ? »

Pour en revenir à une vision montréalaise du partage de la rue entre les vélos et les autos, je vous recommande l’écoute de cette intervention radiophonique de François Cardinal (La Presse) dans l’émission de René Homier-Roy. Entre autres choses, le journaliste remet en perspective le mythe du cycliste comme cause fréquente d’accidents.

Rappelons que, l’an dernier, un groupe de 200 cyclistes liés au mouvement Montréal à vélo avait manifesté de manière spectaculaire contre la violence et l’omniprésence de l’automobile, mimant en plein centre-ville la mort de leur communauté.

Ailleurs, on pointe du doigt les structures inadéquates, comme c’est le cas de la piste cyclable de la rue Saint-Urbain ou de celle du pont Jacques-Cartier, où de nombreux accidents traduisent l’urgence d’adapter convenablement les parcours – j’en profite pour saluer mon amie Sandra qui garde les marques d’un périple estival traumatisant !

En restant dans ce même secteur, je passe rapidement sur le cas du circuit Gilles-Villeneuve pris puis rendu aux cyclistes au début de l’été.

Hors des consultations publiques sur l’avenir du vélo urbain, certains Montréalais se sont même laissé aller à imaginer de nouvelles façons de valoriser le plan de la ville en y traçant de nouvelles pistes. C’est le cas de mon ami Sébastien Chion, qui a soumis ce dossier aux différents partis municipaux montréalais et à Équiterre, en espérant que sa suggestion soit sérieusement considérée.

Nous vivons sans aucun doute un cap de l’histoire de nos villes, une prise de conscience qui modifiera la donne pour les décennies à venir en remettant en avant tout ce que l’hégémonie automobile avait peu à peu occulté. Pour ne parler que de la place du vélo, des solutions toutes neuves surgissent de partout et font parfois irruption dans la vraie ville. New York – qui connait son lot de défis en matière de circulation – ne vient-elle pas d’inaugurer une piste cyclable en plein milieu d’une avenue très fréquentée ?


La route nue, une autre approche

22 Juil

shared space

C’est grâce à un documentaire sur le comportement des automobilistes que j’ai entendu parler du concept de shared space, dont la traduction semble être route nue, si j’en crois Wikipédia.

L’idée est très simple. On enlève toute la signalisation, et on laisse les automobilistes, les piétons, les cyclistes, les motocyclistes et les conducteurs de poids-lourds en revenir à une valeur un peu archaïque : le bon sens. Il s’agit d’abord de rétablir le rôle du contact visuel, un paramètre crucial en matière de sécurité, mais dont les panneaux et les feux de circulation nous détournent souvent.

L’un des intérêts de ce principe, c’est de remettre en question la signalisation telle que nous la connaissons, c’est-à-dire basée sur la multiplication des ordres : ne dépassez pas telle vitesse, restez dans votre file, arrêtez-vous, cédez le passage, etc. En se débarrassant de tous ces signes – particulièrement nombreux en ville – on oblige donc les usagers à faire appel à des ressources beaucoup plus intuitives et à renouer avec un certain degré de civisme.

Le documentaire (en anglais) ci-dessous explique le concept et montre sa mise en application en Europe, où il fait l’objet d’une étude à grande échelle.

Introduction to Shared Space Part 1 / Part 2

Malgré ce qu’on pourrait penser a priori, ça fonctionne. Toutes les villes où la route nue s’est fait une place – en Allemagne, aux Pays-Bas, en Belgique, au Danemark, en Suède, au Royaume-Uni, en Australie et en Floride – ont noté une baisse très significative du nombre d’accidents. Évidemment, avant d’adopter de telles dispositions, il faudrait évaluer dans quelle mesure les mentalités de chaque pays sont compatibles avec la sorte de négociation silencieuse qu’impose cette déréglementation…

Une autre question est laissée en suspens : comment les représentants de la loi peuvent-ils sanctionner un automobiliste qui irait trop vite ou forcerait le passage ? Quelle est la place de la loi dans cet espace partagé ?

Comme le code de la rue, la route nue constitue une modification les codes urbains visant la réappropriation des zones de circulation par les humains. Il y a certainement des idées à prendre là-dedans.


Rouler dans les grandes villes… sans voiture

29 Juin

mozaique

Voici quelques pistes intéressantes, des idées, des coups de cœur et des coups de gueule, dont le point commun est la place des «autres» moyens de transport urbains.

Ce clip américain en 3D décrit en détail un projet de loi visant à ajuster du code de la route pour le bénéfice des cyclistes. En gros, il leur permet de considérer les panneaux d’arrêt comme des «cédez le passage», ce qui dépénalise le fait de traverser un carrefour sans marquer un réel arrêt. Ce genre de code de la rue abrégé semble être en vigueur en Idaho, mais vient malheureusement d’être rejeté par l’Oregon.

Toujours au chapitre du cyclisme urbain, voici un réseau cyclable en plein Paris… transformé en véritable parcours du combattant pour adeptes du vélo extrême ! C’est bien sûr un montage, mais ça en dit long sur le non-respect des voies cyclables.

Dans les agglomérations chinoises, un étudiant américain constate l’essor des bicyclettes électriques, qui permettent parfois de déplacer des familles entières selon des normes de sécurité assez… exotiques !

Direction Phoenix (Arizona) pour une visite de son tramway flambant neuf. C’est beau de voir que le changement de mentalités s’étend jusqu’aux États du Sud, traditionnellement attachés au pétrole et encombrés de véhicules énergivores.

Retour chez nous, où l’idée de l’indépendance énergétique semble faire tranquillement son chemin.

À suivre, dans une rue près de chez vous.


Du côté de la SAAQ

10 Déc

SAAQ
En guise réponse à mon courriel, la responsable du Service des usagers de la route de la SAAQ m’a longuement vanté le Plan d’action en sécurité routière 2008-2012, « rendu public par le gouvernement du Québec et qui comprend les démarches à accomplir afin que le Québec devienne un leader en sécurité routière ».

Pour en savoir plus sur ce plan, je suis allé fouiller sur le site de la SAAQ – chose qu’on ne fait habituellement que lorsqu’on a un problème !

Dans la section Prévention des accidents, je suis tombé sur une mine de documents téléchargeables, dont la plupart fourmillent de renseignements intéressants. C’est le cas du très complet Bilan routier 2007 (PDF) qui résume sous forme de tableaux et de graphiques les statistiques d’accidents selon des angles multiples : types de véhicule, régions, âge des victimes, taux d’alcoolémie, etc.

Je vous propose ces autres documents en PDF, tous en lien assez direct avec le sujet de ce blogue. Profitez-en, ce sont vos taxes qui payent !

Cellulaire tenu en main : Interdit!
Guide de sécurité à vélo – 5e édition
Guide de sécurité à vélo – Spécial virage à droite au feu rouge
Piéton et conducteur – Vigilants pour la vie!
Sur la route des dragons – Guide d’animation
(pour les écoliers)

vrai ou faux ?
La réponse à ces quizz se trouve dans l’un des documents ci-dessus…